Les Compagnons de route

Renée : « Femme de l'ombre et gardienne du Temple »

Renée

JanJan est la locomotive de ce grand convoi de la Fête, sa sœur jette le charbon dans le foyer pour libérer l'énergie nécessaire à faire avancer cette énorme machine et assurer la stabilité du train durant des décennies. Brune élancée aux traits marmoréens, à la longue chevelure de Bérénice et l'allure d'un roseau gracile, la conseillère de l'ombre au travail invisible remplit un rôle qui lui semble naturel sans jamais chercher à en récolter le mérite. Elle est celle qui alerte, qui veille à la prospérité de l'immense maison de la fête, qui participe aussi dans la vraie vie à la réussite de son cadet, l'homme de scène et à l'évolution sociale de la fratrie. Pas besoin de bureau ni de titre officiel pour la stratège de l'ombre, elle est partout elle a le flair des affaires bien développé et se bat pour faire régner l'ordre et la justice dans cette grande maison, en trahissant les gestionnaires incapables et les mauvaises graines, révoquant les moutons noirs à l'influence pernicieuse, afin que son frère puisse mener sereinement la barque, pour elle cela va de soi. Elle est Institutionnellement, la gardienne du temple que l'on nomme avec respect et affection : Madame Renée. JanJan n'a jamais ignoré la valeur immatérielle créée par sa sœur, mais toujours encensé son rôle, elle qui, outre souffler les bonnes idées business, aide les collaborateurs à s'élever socialement et à la bonne représentation en société. Au-delà du glamour et des paillettes, Jan Jan encense le travail des femmes, grandement majoritaires dans la troupe et le groupe.

Il comble de louanges sa précieuse ainée, et unique sœur, Madame Renée.

Hommage à Patrick et Régine Dulou

Créateurs de Dulou Traiteur

Patrick et Régine Dulou avec Jan Jan

Pendant plusieurs décennies, Patrick et Régine DULOU ont incarné bien plus qu'un simple Duo de Traiteurs, mais l'Âme culinaire du CAESARS.

Ils ont étés les artisans passionnés d'une expérience unique et généreuse, au cœur du Dîner-Spectacle du CAESARS qui accueillait entre midi et soir 500 à 1 000 convives.

Ils ont su porter les couleurs de la cuisine du Sud-Ouest, généreuse, authentique et profondément enracinée dans l'âme de notre région.

Cette performance remarquable était le fruit de leur maîtrise exceptionnelle de la profession, leur amour du métier, leur énergie inébranlable et la passion sincère pour l'art de recevoir.

Aujourd'hui, leur nom reste associé à une page importante de cette formidable aventure collective.

Jan Jan clame du fond du cœur, toute son admiration à Patrick et Régine, DULOU pour leur dévouement, leur talent et toutes les émotions offertes durant tant d'années.

Ainsi, il me baptisa avec affection : « Sa secrétaire Perpétuelle ! »

Sylvie Sensey et Jan Jan

Nicole Broissin et Dominique Tirmont triomphent dans la vie Parisienne d'Offenbach au Grand Théâtre de Bordeaux saison 1971.

A la fin de la première, la tradition nous guide à aller féliciter les comédiens au bout du péristyle à la sortie des Artistes. Après quelques minutes d'attente, je me noie dans un tourbillon de musiciens, de chanteurs et de danseurs qui projettent une sortie plus tardive. Persuadée que la nuit il se passe des choses qui méritent que l'on ne dorme pas, je me glisse dans le projet de cette cohorte d'artistes pour aller voir le spectacle le plus original de la ville qui commence après minuit ! Ainsi je découvre le Vert Galant et JanJan.

Quelle aventure ! Je me dis qu'il y a des hasards heureux ! Sortant du Grand Théâtre, le changement de décor est savoureux ! Les effluves du Can Can d'Offenbach s'évanouissent et je suis stupéfaite en découvrant ce véritable lieu de divertissement au lyrisme unique, faisant surgir de derrière un rideau étincelant une déferlante de talents, têtes casquées de cheveux d'or, décolletés démesurés, élégance canaille sur des talons vertigineux leur obligeant une démarche de grues de faubourgs !!! Dalida admirablement parodiée chante le temps des fleurs puis, enchainent toutes les célébrités de la variété dans 1 heure de spectacle qui me fait voyager de talents en talents, Je suis médusée par l'invraisemblance de ces caricatures ! Le spectacle se terminant Jan Jan vient vers moi me souhaiter la bienvenue comme à une nouvelle pensionnaire et je suis heureuse d'échanger avec l'animateur vedette ! Sa gentillesse et sa simplicité contrastent un peu avec l'idée que je me faisais des Couche-tard.

Nos origines Pyrénéennes et nos passions communes nous rapprochèrent rapidement et je récidivais mes sorties chaque fois que possible pour vivre un moment dans ce lieu fou, tant et si bien que quelques mois plus tard j'étais engagée comme secrétaire de l'artiste et j'allais passer à ses côtés plus d'un quart de siècle telle « la gardienne du temple ». Ainsi, il me baptisa avec affection « Sa secrétaire perpétuelle » et ce beau parcours à ses côtés m'offre aujourd'hui le privilège de vous le présenter.

Sylvie Sensey


Le parcours de JanJan dessiné par Sylvie Sensey

Sa « Secrétaire Perpétuelle »

Jan Jan est né en 1949 à Chéraute dans les verdoyantes montagnes du Pays Basque, Cadet de 4 enfants de parents agriculteurs et bergers, il suit un bref parcours scolaire qui sera couronné par le certificat d'études primaires pour ses 14 ans.

Parallèlement à la scolarité, il apprend les danses folkloriques dès l'âge de 5 ans, et fait partie d'un groupe qui se produit sur les places publiques de la région durant les saisons estivales dans des Pastorales ou des mascarades qui sont l'attraction principale de l'été dans le pays.

La maitrise à merveille des sauts basques du fandango, et arin-arin, lui offrira son premier rôle de soliste à 11 ans.

Les us et coutumes de sa région natale des années 50 ne donneront pas raison à son rêve de poursuivre les études qu'ils adoraient et qu'il a quittées à 14 ans en pleurant tant, que la maîtresse de son école primaire décida de faire le chemin dans la montagne à pied jusqu'à chez ses parents, mais ne réussit pas à convaincre son père de le faire continuer dans le secondaire ! La réponse du paternel fut catégorique : à 14 ans les garçons sont faits pour aller travailler ! Sa maman, qui était une très belle et brillante femme, pour qui il avait un amour inconditionnel, ne réussit pas à s'opposer à cette décision lui dit : Ne t'inquiète pas mon grand, la vie est devant toi et tu seras mieux qu'ici à Paris, là-bas il y a de la place pour tous les volontaires qui ont de l'ambition !

La route était ouverte pour être employé de maison durant quelques années à la Capitale dans des familles bourgeoises et dans l'hôtellerie.

Un peu avant les années 70, Jan Jan s'aventure en terres bordelaises invité par un célèbre restaurateur, qui organise grand spectacle avec les solistes de l'Opéra de Bordeaux le soir de Saint Sylvestre. C'est pour lui la découverte du ballet classique ! Troublé par la sublime interprétation du « Cygne de Saint Sens » par Jacqueline PORTAS la Prima Ballerina assoluta, c'est le choc ! la stupéfaction admirative, Il tombe dans les filets de cette étourdissante « Lorelei » première danseuse au Grand Théâtre de Bordeaux. Cette soirée met en forme ses rêves de scène et de lumière et la « Prima-Ballérina » ouvre un nouveau destin à Jan Jan.

Pour le convaincre de s'installer en gironde, sa nouvelle étoile le guidera dans quelques sorties nocturnes du Bordeaux des années 70 et très vite, il dénichera l'endroit idéal pour asseoir son premier rêve près du Pont de la Maye. Le pas est franchi !

Aussitôt, Jan Jan instaure hors des sentiers battus, dans la banlieue Bordelaise un lieu de divertissement unique en région. Il dit : Le but est de concevoir en province, un endroit suffisamment interdit pour qu'il soit couru et pas trop couru pour rester confidentiel !!

Il donne libre cours à son imagination et à son sens du délire, disant que tous les bars avec un peu de musique se ressemblent et que la différence il faut la créer !!

Alors les délires vont bon train et accouchent de l'idée de monter un spectacle de transformistes dans une période où cette pratique était sévèrement condamnée surtout en province et ne voyait jour, ou plutôt nuit, qu'à Paris dans quelques quartiers de Pigalle, ou rue des Martyrs chez Michou. Les dés sont jetés !

L'activité du club démarre au ralenti mais connait très vite un vif succès, notamment dans le microcosme de l'opéra où se produit sa Ballerine préférée et d'où, danseurs et chanteurs lyriques viennent après leurs représentations soutenir le projet du petit Basque exilé ! Chacun donne son concept, s'attache au projet à sa manière et toutes ces idées tourbillonnent puis s'enracinent. La première est organisée avec des bouts de ficelles, on collecte des Robes invendues dans des magasins pour femmes fortes, des chaussures souvent d'occasions dans les greniers des sympathisantes et on met facilement à contribution pour monter sur scène chaque garçon qui s'aventure dans l'endroit et s'intéresse de près ou de loin au projet !! Un mois plus tard le premier spectacle est né ! Le bistrot de quartier va devenir le Cabaret le Vert Galant ! La troupe réduite est faite souvent d'amis amateurs mais passionnés, des garçons au physique digne de top model ou de rustiques gaillards épais, exceptionnellement évoquant, qui font naitre des parodies grinçantes mais affectueuses, d'artistes particulièrement insolites. Ainsi le boulanger d'un village à côté se retrouve dans la robe rouge de Mireille Mathieu, Les lunettes de la prof de piano sont réquisitionnées pour faire vivre Nana Mouscouri, Le premier jockey du club équestre voisin joue une Marilyn aux épaules d'une nageuse soviétique avec le secours d'un sèche-cheveux pour soulever sa robe, un jeune militaire longiligne et fluet honore avec maestria une Callas drapée dans des kilomètres de velours et Régine se confond à merveille dans les rondeurs du boucher d'à côté qui fait le mur pour sortir le soir parce que, célibataire à 50 ans il vit encore chez sa mère qui le surveille !

Cette bande de joyeux lurons affamés par les feux de la rampe, offre 2 heures de rigolade et d'émotion dans un show d'amateurs tellement intense qu'il faut brider les participants tant le cœur est à l'ouvrage. Ainsi, chaque soir 7/7 Jan Jan, expansif, enlace et embrasse à l'accueil chaque client et cultive avec le plus grand soin l'amitié et le plaisir !

Le Cabaret affiche complet durant des années dans l'indifférence totale des Médias. Le VG tient alors du club très privé, à la fois parisien et bon enfant et sa renommée bordelaise devint vite Nationale, On y va par curiosité, on y retourne par plaisir et on devient des habitués par gourmandise ! L'invitation de Jean Claude BRIALY à la capitale en 1975 pour saluer le triomphe de Joséphine Baker à Bobino et embrasser son Ami Michou qui tient séance dans son célèbre cabaret, donnera un nouvel élan au spectacle de Jan Jan qui décide de faire une vraie scène d'adapter de vrais éclairages, pour faire prendre un vrai virage au spectacle. Il va offrir désormais un nouveau show joué 7/7 avec une troupe qui se professionnalise, et qui veut jouer dans la cour des grands. Ainsi naquit la Revue des « Poubel' Girls ».

Jan Jan n'a pas privé le spectacle de son ingéniosité inventive offrant un véritable divertissement dans des parodies inspirées de vedettes de variétés, de personnages insolites, de parodies burlesque, d'étoiles du ballet classique… Quelques mois plus tard, grâce aux bouches à oreilles, les 300 places se révèlent insuffisantes et le bar affiche complet sur 3 rangs dans un climat de fête unique ! Échotiers et chroniqueurs de la nuit découvrirent cet endroit après l'avoir boudé de nombreuses années.

Les années 90 sont le tournant de sa carrière et il va quitter sur l'invitation du Maire de BORDEAUX Monsieur Jacques Chaban Delmas la petite scène du Pont de la Maye désormais trop étroite, pour s'installer dans le centre de Bordeaux au bord du fleuve face à la place des quinconces à l'ombre des colonnes rostrales dans 5000 m2 offrant 3 pôles de loisirs, Le CAESARS. Un Cabaret de 700 places proposant spectacle en matinée et soirée, Une discothèque au prestigieux décor Romain de 1200 places, Et un club « Privilège » où joue chaque soir un groupe de musiciens tziganes.

Le CAESARS devient alors un incontournable des grandes célébrations bordelaises. Le Bordeaux des noctambules se bouscule pour assister chaque soir au spectacle délirant dans lequel Jan Jan participe en maître de cérémonie, la Revue est brillante et offre sur scène tourbillons de plumes portées par des danseuses souvent transfuges de théâtres nationaux de l'est. Les attractions internationales du grand magicien toulousain Jonicoel, spécialiste de la grande illusion avec ses fauves, font vivre des moments d'émotions intenses quand dans un show de magie apparaissent des panthères, un tigre, un aigle Royal, dans un ballet Espagnol surgissent des chevaux, et dans une scène des Bad boys fusillée de laser font rugir 5 motos dans un brouillard de fumée. On y croise régulièrement les personnalités les plus en lumière du monde du cinéma du théâtre et de la variété. Le cabaret de JAN JAN n'allait pas désemplir et prendra réellement une popularité, capable de réunir le Tout Bordeaux et les cars de touristes de toute l'aquitaine. Son succès le portera au rang des meilleurs cabarets Français.

Sylvie Sensey