La Presse et les grands noms

Jean Claude Brialy au Vert Galant

Début avril 1970

Alors que je passais quelques jours à Bordeaux pour un projet de tournage, fin du dîner avec un ami dans un Bistrot chic du centre. Nous étions enthousiastes pour prolonger la soirée. Interrogé, le Maître d'hôtel du célèbre Restaurant le Noailles m'avait susurré à l'oreille les recommandations les plus enthousiastes, pour l'adresse la plus confidentielle où se produisait en spectacle un certain Jan Jan.

Il m'indiqua que c'était la coqueluche de privilégiés noctambules bordelais, qui avaient l'audace de s'aventurer la nuit venue, pour vivre un instant magique dans cet endroit des plus confidentiels et dépourvu de toute enseigne !

« Dites que vous venez de la part "d'Henriette" c'est comme ça que l'on m'appelle là-bas sinon vous ne rentrerez pas !!! »

L'endroit ressemblait davantage à une maison familiale au jardin soigné, qu'à un théâtre. Un parking rempli de voitures indiquait que quelque chose se passait bien ici.

Avançant jusqu'à l'accueil nous étions reçus par une créature tout à fait exceptionnelle, qui toisait à 2 mètres et avait en bouche, un fume cigarette de la taille d'un bâton de majorette ! Maquillée à outrance, de longues jambes gainées dans des bas résilles dépassaient d'une longue robe digne d'une tragédienne d'opéra.

D'une voix de baryton elle nous apostropha : Aventuriers ! si vous cherchez le purgatoire vous vous trompez d'adresse, ici c'est le paradis mais on ne reçoit que sur recommandation !!

Le mot de passe « Henriette » fonctionna à merveille et alors que nous passions la porte l'immense dame de l'accueil nous lança théâtralement : « Messieurs bonne soirée et n'oubliez pas que quand on va dans un restaurant italien ce n'est pas pour manger du couscous !! »

Ouf ! l'entrée était franchie et le ton était donné !

Le spectacle avait commencé, dans une pénombre enfumée je découvrais une salle magique faite de miroirs et de miroirs qui se répondaient, une scène minuscule, éclairée par quelques pinceaux de lumière, sur laquelle un grand jeune homme couronné de boucles brunes, tout vêtu de blanc tenait le public en haleine.

Derrière le bar paradaient une brochette de créatures divines ! trop filles pour n'être que filles, mais bien plus des créatures de rêves ! Leurs chignons de boucles étaient vertigineux, leurs pendants d'oreilles des lustres vénitiens, leurs bouches d'un appétit irresponsable et leurs faux cils en papillons exotiques m'arrachaient à la matérialité que je venais de quitter !

Après 1 heure d'un show délirant mené par ce personnage fou, je fis la connaissance de JanJan, et il en avait de l'allure ce personnage !

Je fus d'abord surpris par sa jeunesse, puis par son appétit pour la scène….

Nos échanges nous conduisirent magiquement jusqu'à l'aube et je rentrais à Paris en me disant que la nuit en province était riche de moments troublants !!!

Jean Claude Brialy

Les retrouvailles de Jean Claude Brialy et Jan Jan, 20 ans après

Les retrouvailles de Jean Claude Brialy et Jan Jan, 20 ans après

Annie Girardot chez Jan Jan

Par Jacques Ballarin

Annie Girardot et Jan Jan

Elle n'est plus toute jeune, mais le regard a des lueurs de tendresse et la vivacité de l'esprit est intacte. Annie Girardot a passé le week-end à Bordeaux.

Elle est venue fêter l'anniversaire de Jan Jan pour qui elle a une grosse affection, elle a trouvé magnifique la nouvelle Revue du Caesars, où elle était l'invitée d'honneur dimanche.

La Baronne de Rothschild au Cabaret

Par Jacques Ballarin

La Baronne Philippine de Rothschild et Jan Jan sur scène au Caesar's

La Baronne de Rothschild présidait hier soir la générale d'« Avé Caesar » dans le cabaret de Jan Jan quai Louis XVIII, à Bordeaux.

Digne, élégante, souriante, la Baronne Philippine de Rothschild a fait une entrée remarquée hier soir au Caesars quai louis XVIII à Bordeaux. Elle est arrivée au bras de Jan Jan après avoir reçu les honneurs des légionnaires de service. La Baronne qui avait accepté de bon cœur de présider la première de la nouvelle revue de Jan Jan a été bon public ainsi que le Tout-Bordeaux venu applaudir ce moment sublime. Caesarissimo avait fait courir des milliers de personnes, « Avé Caesar » fera surement mieux car il est un spectacle divertissant et étonnant. Divertissant avec ses plumes, ses costumes, ses décors son show laser, ses éclairages ses musiques et ses girls. Etonnant grâce au Magicien Jonicoel, artiste international et son cortège d'émotions et de rebondissements quand il évolue sur scène avec son tigre royal, sa panthère mouchetée, sa panthère noire et son aigle impérial. « Avé Caesar » enfin c'est un bouquet final qui est un enchantement pour les yeux, les oreilles et tous les sens.

Bordeaux a enfin trouvé son Jules

Par Florence Mothe

Je viens vous apporter la nouvelle la plus étrange, la plus surprenante, la plus étonnante, la plus neuve, la plus ahurissante, la plus bizarre, la plus atypique, la plus bouleversante, la plus drôle, la plus incontestable, la plus irritante, la plus gaie, la plus stupéfiante, la plus vraie depuis qu'il y a de l'eau qui coule sous les ponts et a nom de Garonne.

Je me suis rendue l'autre soir dans un de ces hangars des quais, ou Bordeaux hésite, lace à la ferraille glorieuse du Colbert, entre un destin perdu à odeur de vanille et un avenir certain de terrain vague. Loin de me tordre les pieds dans les gravats et de trébucher sur des rails improbables, derniers vestiges d'une activité à tout jamais défunte, je me suis trouvée dans une caverne où battait m'a-t-il semblé le cœur de la ville.

Comme dans la « Leçon d'anatomie » du divin Rembrandt, le personnage dont on fouillait les entrailles, Bordeaux, était au centre du tableau sans y paraitre tout à lait. Les médecins, penchés sur ses entrailles, découvraient avec application ce qui lui restait de vie, et, au terme d'une opération miraculeuse, parvenaient à le ranimer. Le corps qu'ils découvraient était encore jeune, beau, modelé selon des formes toujours voluptueuses. On l'aurait dit endormi, si, de longue date, on ne l'avait su mort. Et cependant, comme dans les contes de fées, la divine surprise du réveil semblait proche. Le corps s'animait et semblait respirer.

Ces quelques réflexions chirurgicales me sont inspirées par ma visite dans le seul cabaret de cette taille que connaisse le sud de la France, le Caesar's de Jan Jan.

A l'heure où les music halls parisiens hésitent entre la fesse triste et la gaudriole encore plus lugubre, où les spectacles de divertissement se limitent à des one-man-show, où les costumiers d'opérette pleurent les productions défuntes et ceux d'opéra la disparition des crédits, des décors, des salles et des Chanteurs, Il est permis de s'interroger sur le vertige qui prend sept cents personnes chaque soir, dans la ville la plus éteinte de France, pour les faire grimper aux lustres, si ce n'est au septième ciel.

De tout temps, on a conçu que les peuples aient le goût des plaisirs cachés et frénétiques, qu'ils abandonnent, dans quelques saturnales l'onction des fonctions électives, qu'ils pratiquent, le temps d'un carnaval, l'attrait de la sainte folie qui permet de supporter sans broncher trois cent cinquante-huit jours sans fièvre, le carême, le dimanche, le RDS et les congés mal payes par-dessus le marché. Mais nul n'a jamais expliqué, comment, tout à coup, une population entière pouvait quitter ses soucis pour chausser cothurnes et s'esbaudir de bon cœur, malgré les ennuis susnommés.

Dans les austères manuscrits de l'enfer de bibliothèques, il est parfois question des philtres dont usaient les sorcières, à base de mandragore, d'hellébore ou d'autres solanacées. Il parait que ça les faisait rire, sourire et jouir. J'ai eu plaisir à imaginer que Jan-Jan, Eva Lyna, Jacqueline Portas, et toute leur équipe ont retrouvé ces secrets qu'ils mettent désormais chaque soir en pratique, et même deux fois par jour puisque leur spectacle tourne, matinée et soirée.

Oui, comment se fait-il qu'à Bordeaux, ville réputée la plus molle, la plus endormie, la plus éteinte, la plus morne, la plus vieille de France, soit né un tel spectacle, qu'il y prospère, sans que ce lieu ait fait l'objet d'une étude scientifique approfondie ?

Car enfin, si Jan-Jan est parvenu à créer le Caesar's, si l'on s'écrase à sa revue, si on l'applaudit à tout rompre de 7 à 77 ans, c'est qu'il reste un brin d'espoir de sauver le malade, et c'est à lui que l'on doit confier les destinées de cette ville, comme on appelait autrefois Nostradamus à la rescousse, quand vraiment l'œuvre, par trop, virait au noir !

La revue « Ave Caesar » s'inspire du ballet, de l'opérette et de la bande dessinée. Bien chantée, peu verbeuse, les projecteurs vident leur cœur et la revue est superbement mise en lumières par Jacqueline Portas, elle offre, entre le saumon à la ciboulette et l'onglet marchand de vin de Patrick et Régine DULOU opérant en Maître de cuisine, arrosé de champagne et d'une bouteille de Mouton Cadet, ce vin dont l'auteur se rappelle qu'après avoir été Baronne de Rothschild elle n'oubliera jamais qu'elle fut au théâtre Philippine Pascal, trois heures d'ailleurs, d'au-delà, de nulle part. C'est ce voyage, sans doute, qui fait le succès du Caesar's et sa réputation, due en grande partie au bouche à oreille puisque dans cette ville convenue, la grande presse juge sulfureux qu'on puisse s'amuser simplement. Elle a le mérite de conjuguer dans un lieu qui dépayse totalement, car il est remodelé par d'authentiques décorateurs de théâtre, le plaisir d'un vrai et grand spectacle, à celui, plus intime du cabaret.

Sur son dépliant, le Caesar's se proclame, « le plus célèbre Music-Hall de Bordeaux. », un peu comme le tailleur, juif de la rue des rosiers était le plus célèbre de la rue. À Bordeaux, où tout est mort, il prouve que le spectacle peut vivre - à condition d'être confié à des gens de spectacles qui ont l'humilité de d'abord, veiller à ce que chaque soir, le rideau se lève bel et bien- et par conséquent, il donne un espoir fou à notre vieux cadavre.

Au fait, j'oubliais l'information que je me hâte, avec lenteur, de vous apporter comme tout bon journaliste doit le faire : vendredi dernier, Alain Juppé s'est aventuré au Caesar's.

Aux dernières nouvelles sa santé n'inspire plus aucune inquiétude...

Florence Mothe

Soyez de la revue !

Par Florence Mothe

Après la chronique d'une mort annoncée, le « Caesar's » est sorti de ses cendres, plus gai, plus jeune, plus lumineux que jamais. Le succès du cabaret qui ne se dément pas contraste, singulièrement avec les façades grises, la tristesse latente des quais, la pauvreté des projets urbains et les images désespérément écroulées d'une ville de plus en plus convenable et lugubre. Seul, sur son radeau du Caésar's, Jan Jan, naufragé de la joie, de la grâce et d'un certain art de vivre qui ne fait de mal à personne, occupe l'insolite position d'un donneur de leçon. Comme si son succès est toujours répété, toujours grandissant lui donnait le droit de ramener à la vie les zombies qui nous servent d'élus, d'élite et d'élégance.

Donc, Jan Jan, dont nombre de tristes se réjouissaient déjà de la déconfiture, baptisait mardi soir, au champagne, comme il se doit sa nouvelle revue « Bellissimo ». Une revue surprenante car entièrement nouvelle dans son principe. « Ave Caésars » était une succession d'images, de plumes, de paillettes et de strass. « Bellissimo » est un voyage anecdotique, une sorte de final endiablé du premier acte de la vie Parisienne qui convoque sur les quais de la Garonne toutes les ethnies les plus dénudées et les plus dorées dans un cancan frénétique. Les lois du genre ne sont pas abolies : les filles sont belles et souples, les décors rutilants, le rythme fiévreux, les musiques entraînantes. Mais Jan Jan s'essaie à un genre hybride, opérette, comédie musicale, entrecoupées de somptueux, numéro de trapèze et de danse acrobatique. La qualité de l'ensemble tient à quelques découvertes. Une magnifique Arabella telle la ballerine du ciel, sirène couronnée de bleu qui ondule en scène, puis se balance sur son trapèze en souple et la suaves convulsions, la gouaille du travelo de service, qui constitue le contrepoint burlesque du spectacle, l'expression magnétique du danseur Youri, que les lasers transforment en chauve-souris dans un fascinant bombardement d'images.

Voilà donc ce qu'on peut applaudir avec « Bellissimo ». Il y a de l'Espagne jusqu'à dans les assiettes -dans une cuisine signée Patrick Dulou - du voyage dans les esprits, du divertissement dans les cœurs. Au premier rang, le soir de la première, Patrick Sébastien, admirait en orfèvre. Il considérait manifestement que Jan Jan et son équipe constituent une tribu d'un genre à peu près unique vivant au Caésars, comme une île lointaine dont l'environnement les protège des agressions coutumières de l'existence. Le côté exotique du lieu est renforcé par la mixité des publics : touristes, jeunes amateurs de disco, comités d'entreprises, clubs de troisième âge, s'interpénétrant, se croisant, se frôlant, sans se gêner sans se nuire, sans s'exclure. Comme si le Caésars était un peu une ville dans la ville, une nouvelle Babel du spectacle, ou chacun peut chercher ce qu'il trouve, et trouver ce qu'il cherche, sans classification sans bon point ni amende, dans une totale liberté de choix.

C'est donc un lieu scandaleux ma bonne dame ! Un mauvais lieu que Dis-je ? Un lieu de perdition ! Puisqu'avant tout, le Caésars est un lieu de rêve : celui d'un petit berger du Pays Basque qui aurait pu beaucoup plus mal tourner que devenir le roi de la nuit bordelaise, un monument incontournable entre celui des Girondins et les colonnes Rostrales, une sorte de figure de proue du spectacle, solidement amarré à son quai Louis XVIII, malgré les vents, les marées, les vicissitudes, les saisons et les âges.

Avec Bellissimo, Jan-Jan accomplit son rêve d'enfant. Il arrive sur scène à cheval, entouré de ses légionnaires en paillettes. Il achève le spectacle en tendresse, charmant Monsieur Loyal, déroulant comme un mirliton les mélodies simples qui n'ont pas pris une ride ni un gramme parce qu'elles ont su conserver la légèreté de l'espoir et de la jeunesse. Courez vite applaudir son bellissime spectacle pour passer une nuit exquise au pays des songes !

Cabarets : « Willkommen, Bienvenue, Welcome »

Par « Voyageur de nuit »

Selon le petit Robert, le Cabaret est un établissement où l'on présente un spectacle et où les clients peuvent consommer souper ou danser.

En vrac et pointillé, nous avons fait le tour d'une ville trop sage… Bien sûr quelques boîtes de nuit proposent une fois par mois diverses attractions et sont donc pour un soir simili-Cabaret.

Les Cabarets dignes de ce nom sont rares. Nous en avons trouvé trois, certes très différent, mais offrant le meilleur à nos sens….du spectacle.

Du Caesars et sa revue pour tous, en paillettes, strass, plumes de toutes les couleurs que nous offre Jan Jan en passant par l'Andalucia Cabaret de strip-tease où les désirs s'allument et les sens se racolent jusqu'au petit matin, pour finir au Mitzi le petit Cabaret qui distille le trouble avec suavité ou les fantasmes brûlent leurs dernières jarretelles… illusion des jouissances mises à l'abîme des désirs. Caesars est le Cabaret du diable à plumes. Quand on dit Cabaret à Bordeaux le premier nom qui vient à l'esprit est Caesars et Jan Jan qui après ses débuts à Paris crée le complexe : Cabaret Music-Hall où il présente sa revue, l'immense Discothèque l'Empereur Club, le club Le privilège.

La salle est noire de monde, le silence se fait et… Musique, lumières, strass, paillettes, kilomètres de Boas, tenues d'argent et vertige de plumes… Autant qu'il en faut, et comme dit la grande amie de Jan Jan et célèbre cuisinière Maïté, il faut ce qu'il faut !

Et puis les tableaux se succèdent dans un luxe et un professionnalisme inouï, le rythme dans la peau, le chef d'orchestre du spectacle, c'est bien Jan Jan, il annonce en attraction entre les divers tableaux une Régine et sa grande Zoa qui clame « ça serait un homme la grande Zoa et le centre de conversations entre garçons… La salle est enthousiaste et voilà Mexico, puis viennent les Incas, feu de lumières et jeu de plumes, le rythme endiablé ! Jan Jan est un diable et ce diable est partout ! il est sur scène dans la salle dans les allées, il s'arrête à une table il échange quelques mots, il me dit à l'oreille adorer ça, puis Mireille Mathieu, plus caricatural tu meurs ! un spectacle pour tous, famille, amis groupes. La Mireille qui ne s'y trompe pas les implique dans un jeu made-in-France.

La revue continue le diable et sa danseuse dénudés et légers s'envolent dans un pas de deux. Puis la prestidigitation avec l'immense artiste venu de l'est « Jonicoel » qui ouvre une cage en flammes où rentre une jeune femme et en ressort une panthère noire. Jan Jan met le feu à un journal « Sud-Ouest » dans une grande cage d'oiseau et surgit un aigle royal de deux mètres d'envergure. Le diable se rit de toute presse et son aigle l'embrasse chaleureusement sur la bouche avec son bec.

De la magie aux strass, aux plumes de toutes les couleurs, le spectacle est si fou que trop vite passé. Le maitre de l'ambiance nous a présenté Caesarissimo.

Après le spectacle, un détour au privilège est plus que Conseillé, le bar club privilège est tenu par la charmante chanteuse et danseuse Coco. Et comme le diable est partout après la revue, il est aussi au privilège très fier de nous présenter les musiciens qu'il a fait venir de Prague, la troupe « zaroff » qui distille pour nous des rythmes slaves et des accords tziganes. Le lieu est agréable. Le rythme est différent. Le spectacle continue, un Cabaret c'est aussi ça et Jan Jan confesse : c'est un travail très dur que le nôtre, un travail où tous les jours il faut payer content où on n'a pas le droit à l'absence, ou il faut toujours se remettre en question, concevoir le lendemain et surtout être professionnel pour durer car le public ne se trompe pas.

La performance Dauguet

Par Jacques Ballarin, le passage à l'an 2000

Fresque de Dauguet pour le passage à l'an 2000 au Caesar's

Dauguet vient d'achever sa performance, JanJan imperator pose à son côté.

Les trucs en plumes, les costumes et les gambettes étaient de toute beauté, ce qui justifiait le titre de la revue : « Bellissimo ! »

Le rythme endiablé des numéros obligeait d'ailleurs le spectateur de cette nuit de la Saint-Sylvestre 1999 au Caesar's à une sacrée performance de mirettes...

Parmi ces voyeurs de bon aloi, il s'en trouvait un, le peintre Jean Claude Dauguet, qui n'a guère son pareil pour faire danser ses pinceaux quand il voit la vie en rose.

Le résultat est sur cette photo. Magnifique, à la fois stylisé et suggestif. En une heure et demie, plus coloriste et gestuel que jamais, Dauguet a fait surgir de la toile une fresque de 6 mètres de long, superbe allégorie du spectacle où Jan Jan imperator n'arrête pas son char(me) qu'il mène d'ailleurs grand train.

Dauguet et Jan Jan devant la fresque

Défense des chevaux du Caesars

Le « Groupe des Cinq » demande l'inscription du quadrige au patrimoine historique

On reparle du « Caesars » de manière inattendue.

La décoration extérieure du Music-Hall des quais, installé dans le H7 en fait jaser plus d'un ! Tout particulièrement le quadrige doré qui surplombe l'auvent abritant l'entrée du Music-Hall et de la Discothèque.

Certains le trouvent de mauvais goût, ce n'est pas le cas du Groupe des Cinq qui vient de saisir le conservateur des archives départementales et l'administration des monuments historiques, afin que le groupe équestre du Caesars soit inscrit sur l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Composé d'architectes, critiques, designer et plasticiens, le « Groupe des Cinq », connu pour avoir animé le site des anciennes glacières de Caudéran, prend ainsi non sans humour le contrepied du sens commun local, et se livre à travers cette lettre à une critique du « Bon Goût ».

Nous vous livrons ici le courrier reçu samedi :

Pourquoi se complaire dans le passé même s'il est glorieux ?

Raisonnons un instant. Ou ricanons un rien ! On veut nous faire entendre, nous faire croire qu'il y aurait un barbarisme exagéré à installer un quadrige doré sur un hangar des quais.

La barbarie, c'est bien autre chose, c'est la négation de toute forme d'expression : les Fauves eux-mêmes (Matisse, Gauguin, Derin, Vuillard…) furent méprisés par leurs contemporains. Idem les expressionnistes allemands. Et Lhote…et Molinier à Bordeaux.

Qualifier de décadent un décor ou une œuvre n'est-ce pas faire le premier pas vers une classification du genre « art dégénéré » chère aux totalitaires de type stalino-hitlériens (cf Munich 1937)

Celui qui ne fait rien ne se trompe jamais, mais qui a « osé » sur les quais durant les dix dernières années, peut-être les Epinards Bleus, Présence Panchounette, les Inflammables, la Bande du Vieux Pillard, Daniel Pestel….travaux, gags ou œuvres éphémères avortés ou détrônés. Timoré Bordeaux. Nous somme largement en-deçà de la vérité. Et avec les projets que Monsieur Perrault nous expose, ça ne s'arrange guère. Austérité, sinistrose….

Nous Groupe des Cinq, avons demandé une inscription sur l'inventaire supplémentaire des monuments du patrimoine historique pour voir ce quadrige, ce Monument classé, protégé….

Les grandes cités vivantes doivent avoir leur part d'extravagance, d'humour, d'insolite, de baroque : Barcelone a su accueillir aussi bien Gaudi que Mariscal.

Nous souhaitons donc voir nos créateurs-concepteurs, nos édiles élus et éligibles, s'aventurer sur cette voie tonifiante.

Le mutique, l'autisme artistique en milieu urbain c'est bien le symptôme d'une sclérose grave. D'autant plus que les quais sont sensés devenir la promenade du port.

Cette publicité « gratuite et involontaire » au Caesars ne vaut que par son ambition de desserrer les mâchoires et faire sourire celles et ceux qui ont un soi-disant sérieux (bon ton bon goût) sert de style et de raffinement.

Ou bien apprenons à aimer les nécropoles automobiles.

Groupe des cinq Bordeaux